Décès de l’écrivain Claude-Henri Rocquet
  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

Décès de l’écrivain Claude-Henri RocquetL’écrivain Claude-Henri Rocquet (site dédié), de confession orthodoxe, de la paroisse Notre-Dame-Joie-des-Affligés et Sainte-Geneviève à Paris, est décédé dans la nuit du 23 au 24 mars. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages d’inspiration chrétienne (sa bibliographie). Les funérailles de l’écrivain sont organisées par les Services orthodoxes des funérailles.

Nous vous proposons ci-dessous, l’extrait d’une de ses conférences dans laquelle il évoque son entrée dans l’Église orthodoxe (pour lire le texte complet de la conférence, cliquez ici).

                  

« Quel chemin d’écriture, quel chemin intérieur, ou spirituel, et quel lien entre l’un et l’autre ? »

La porte de l’Église orthodoxe

 

… Il faut que je commence par Bordeaux, par la fin de l’adolescence, et par le temps, en somme, des premiers écrits publiés. Et je parlerai d’abord d’une rencontre majeure, celle de Lanza del Vasto, avant ma vingtième année. Réfléchissant à cet itinéraire, j’ai vu que je parlerai d’éloignement et de retour. – Mais d’un retour au sein même de l’éloignement.

Est-ce qu’on raconte jamais autre chose que l’histoire de l’enfant prodigue ? L’éloignement commencera à partir de Lanza. […]

Je passe sur beaucoup d’années. Un premier mariage. Une année d’enseignement à Montréal. La rencontre et la collaboration avec Maurice Clavel. Telle parole qu’il m’a dite, à notre dernière rencontre, fortuite, dans un train : « Heidegger, pour certaines âmes, le dernier pas avant le Christ. »

De fait, un peu tard, j’étudiais la philosophie. Et Heidegger commençait à me réveiller. À la question de l’être. Et donc à me rapprocher de Lanza. Cette question, je l’avais reçue de Lanza, et puis oubliée, enfouie, refoulée.

Je n’écrivais plus : à cause d’une espèce d’enlisement, et à cause d’une vie difficile. Passons. J’en viens au moment du « retour ».

Je suis entré dans l’Église orthodoxe. Il est plus vrai de dire : je suis revenu à l’Église et rentré par la porte orthodoxe. Annik et moi, nous nous sommes mariés à l’Église orthodoxe. Plus tard, nous ferons un pèlerinage à Moscou, en Russie. Je reconnaîtrai ce que depuis longtemps m’avait préparé la Russie, où j’étais allé avant d’être soldat en Algérie. Il y avait eu la Russie elle-même à Zagorsk, à la Laure Saint-Serge – mais aussi Berdiaev, – et le sens de l’Esprit, qui ne m’avait jamais quitté, comme Jean de la Croix, dans l’athéisme, « la nuit obscure ».

Il est difficile de parler d’une conversion. Oserai-je dire que j’ai « pardonné à Dieu » ? J’ai mis fin à l’hostilité, j’ai rendu les armes, j’ai cessé la guerre intérieure contre Dieu, grâce à lui. Tout s’est renversé.

Qu’ai-je reçu de l’Église orthodoxe ? En entrant, j’ai demandé, selon le rite, et de tout cœur, « la connaissance entière de la vérité ». J’ai reçu une clarification d’esprit, une stabilisation du cœur, de la vie. Une lumière de vie. Tout a commencé à s’ordonner.

Cette appartenance à l’Église orthodoxe, providentielle, n’est pas un rejet de l’Église de ma naissance. Je crois à l’Église une, sainte, catholique, et apostolique. En un seul baptême pour la rémission des péchés.

Bientôt, j’ai vu ce qui avait préparé mon entrée dans l’Église orthodoxe, mon retour.

Pourquoi je suis entré dans une église orthodoxe ? À cause d’articles que j’avais écrits sur Malevitch, les icônes ; puis sur la peinture de James Guitet, la liturgie de James Guitet. Mais qu’est-ce que cela voulait dire : icônes, liturgie ? Que savais-je, vraiment, de cela ?  Parlant de Malevitch, je parlais du cœur qui aspire à la vie éternelle. Avais-je le droit d’écrire ce désir, ce rêve, sans y ajouter foi ?

C’est le désir de passer de l’imaginaire à la connaissance, à la vérité, et c’est l’espérance reconnue au fond de moi, qui m’a conduit à la foi. À ce basculement.

Une fois entré… J’avais été préparé par ma rencontre avec Eliade, nos entretiens. J’avais quitté la position « démystificatrice », j’étais prêt à voir autrement la beauté des rites, le sacré… Et une conversation avec Eliade avait été en moi comme un silencieux coup de tonnerre. Il nous avait dit, à une table de restaurant, et comme en passant, qu’une des différences entre les catholiques et les orthodoxes était que les orthodoxes croyaient en « l’apocatastase » : le retour du monde malheureux et déchu dans la lumière divine, la lumière éternelle. On pouvait donc être chrétien et ne pas croire dans une éternité en partie infernale ?

[…]

Il se trouve que mon entrée physique dans une église a coïncidé avec la mort de Lanza, avec l’Épiphanie, – la Théophanie. Les textes liturgiques que j’ai entendus ce dimanche-là parlaient de l’arche et du déluge, de saint Jean-Baptiste et du Jourdain, du bois de l’arche et de la croix, des rois mages : j’avais rencontré en Lanza le visage et la noblesse d’un roi mage et son arche avait pour patron saint-Jean Baptiste le Précurseur…

Il y a eu d’autres signes … Liés à saint Martin.

[…]

Aujourd’hui, j’ai le désir et le dessein d’entreprendre, enfin, un autre versant de l’œuvre, depuis si longtemps différé. Écrire au plus proche de ce qui se vit chaque jour, de ce qui fut vécu, éprouvé, mais l’écrire en le rêvant, en l’inventant. Le titre de cela : Les voyageurs de la Grande Ourse.

Je viens d’avoir soixante-cinq ans. J’ai cessé d’enseigner. Ce qui fut une grande part de ma vie et de mon bonheur, je l’ai quitté sans nostalgie ni regret. J’éprouve une moindre inquiétude. Cet âge venu, on peut commencer à cesser de vouloir : on se trouve disponible. On cesse de vouloir apparaître comme il faut aux yeux d’autrui. On se délivre du désir de plaire, de la peur de déplaire. On a davantage confiance en ce qui vient.

D’abord, on ne sait où on va, ce que l’on veut. On est dans le tohu-bohu. Tiré à hue et à dia. Tourmenté. Multiple.

Et puis on se met à vouloir diriger sa vie, à en faire quelque chose, parfois à « faire une œuvre» : tout cela, contre la mort. On se construit.

Et puis on comprend que notre vie profonde est plus inspirée que nous. Qu’il suffit d’écouter ce que Dieu veut de nous. Dieu : le Christ, – mais je ne me sens pas le droit de parler ainsi, alors, je préfère dire : les anges.

Ce n’est pas une résignation, une défaillance : c’est un dépassement de soi. Il est vain de se vouloir maître de sa vie : il faut remettre sa vie à son véritable maître. Si ce n’est pas la plénitude de la foi, c’est au moins la confiance.

En se retournant, on voit comment dès le début de notre vie, des amis, des présences, se sont transmis la lumière qui nous a éclairé, conduit, à des années de distance, parfois ; et qui nous éclaire aujourd’hui et nous conduit. Ce sont des anges. Mais il y a aussi, on le sent, on le sait, des amis dans le ciel : ceux qui nous ont quittés, des gens de notre famille et peut-être que nous n’avons pas connus, des ancêtres très lointains, certains saints, – Dieu lui-même. Du temps, de la succession des jours, nous levons les yeux vers l’intemporel, l’éternel, l’invisible.

Et nous nous voyons nous-même dans ce jeu, dans cette œuvre, transmettant ce que nous avons reçu, et jusqu’à la fin des temps, de proche en proche : cette lumière que nous avons reçue, et dont nous avons souvent méconnu la nature et l’origine, le sens, notre vie n’est pas vaine si nous nous ne l’avons éteinte et perdue, mais transmise, et parfois imprévisiblement, toujours imprévisiblement, à quelques-uns de ceux qui nous entourent et nous succèdent, à ceux qui comme nous se croiront dans la nuit, et seuls. Mais nous ne sommes pas seuls.

Claude-Henri Rocquet

Conférence aux Scriptores christiani (extraits)

Bruxelles, 24 octobre 1998

Chers lecteurs,

Ceci est l’un des cinq articles que nous vous donnons à lire gratuitement.

Pour accéder à un nombre illimité d’articles complets, veuillez :

  • Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

À propos de l'auteur

Christophe Levalois

Christophe Levalois

Professeur d'histoire et de géographie, auteur, dernier livre paru : "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.

Divider

Articles populaires

January 17 (old calendar) / Janu... 95584

January 17 (old calendar) / January 30 (new) Fast Venerable and Godbearing Father Anthony the Great (356). Ven. Anthony of Dymsk (Novgorod—ca. 1224...

January 30 95582

January 30  Fast Synaxis of the Ecumenical Teachers and Hierarchs: Basil the Great, Gregory the Theologian, and John Chrysostom. Hieromartyr Hippol...

17 janvier (ancien calendrier) /... Vivre avec l'Église 95580

17 janvier (ancien calendrier) / 30 janvier (nouveau) Jour de jeûne Saint Antoine le Grand, moine en Égypte (356) ; saint Genou, évêque de Cahors (...

30 janvier Vivre avec l'Église 95578

30 janvier Jour de jeûne Synaxe des saints Hiérarques Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome ; saint Hippolyte de Rome, martyr...

The Russian Church denounces pre... 95586

On January 29, the French daily La Croix published an article signed Pierre Sautreuil on the current situation of the Russian Church in Ukraine. Pl...

« L’Église russe dénonce des pre... Revue de presse 95573

Le quotidien La Croix a publié et mis en ligne l’article suivant : « L’Église russe dénonce des pressions sur ses paroisses en Ukraine« . Int...

Soirée de prière pour l’un... Annonces 95564

La prochaine soirée de prière, de toutes les paroisses orthodoxes de la région parisienne, pour l’unité de l’Église orthodoxe aura lieu le me...

Communiqué of St. Sergius Instit... 95538

On January 28, 2019, at the end of its meeting, the St. Sergius Orthodox Theological Institute (Paris) Board of Directors issued the following comm...

OCA Holy Synod of Bishops issued... 95532

On Monday, January 28, 2019, His Beatitude, Metropolitan Tikhon and the members of the Holy Synod of Bishops of the Orthodox Church in America (OCA...

Jean-François Colosimo’s letter... 95525

Sunday, January 27, 2019, Feast of the translation of the relics of St. John Chrysostom. For more than a quarter of a century, since the fall of 19...

Lettre de démission et de consid... À la Une 95523

Dimanche 27 janvier 2019, en la fête de la translation des reliques de saint Jean Chrysostome. Cela fait maintenant plus d’un quart de siècle, depu...

« Monastères, les trésors cachés... Podcast vidéo 95519

Un documentaire (42:29) diffusé par la chaîne de télévision Arte, intitulé « Monastères, les trésors cachés de la Géorgie », est en ligne jusqu&rsq...