Dr John Tleel, mémoire du patriarcat de Jérusalem
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Le Dr John Tleel est décédé le 1er mai 2018. Il était un dentiste grec-orthodoxe arabe  de Jérusalem. Sa famille s’est réfugiée, en 1948, dans la Vieille Ville, dans cette magnifique bâtisse qui ouvre sur une vue exceptionnelle sur les Lieux Saints et mènent à la porte du patriarcat roum-orthodoxe de Jérusalem. Nous publions l’article du père Alexandre Winogradsky Frenkel (patriarcat de Jérusalem) en mémoire de Dr John Tleel.

John N. Tleel était né à Beit Jala le 3 août 1928. Il appartenait viscéralement à l’Eglise roum (romaine grecque) orthodoxe. En 1945, il fut diplômé du lycée orthodoxe grec (école secondaire classique) du Patriarchate de Jérusalem situé au mont Sion. En 1949, il reçut le Diplôme de docteur en chirurgie dentaire de la Faculté française de médecine de Beyrouth.

Il créa la revue mensuelle Al-Zambaka (To Triphyllon). Pendant deux décennies (1952 – 1972), ce périodique multilingue a servi les différentes communautés de Jérusalem, fournissant de nombreuses études et informations sur la communauté orthodoxe de Terre Sainte. De 1965 à 1985, il a représenté le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem au Conseil des Eglises du Moyen-Orient en tant que délégué laïc. Il fut aussi membre fondateur de l’Association Chrétienne Nationale et contribua à l’élaboration du livre intitulé « Ville de Jérusalem des Ages », publié par l’Association Académique Américaine pour la Paix au Moyen-Orient (1987). Par ailleurs, il écrivit la « Vie œcuménique à Jérusalem », étude parrainée par le Conseil oecuménique des Eglises (1991). Il a également été le premier membre-fondateur du Cercle des Amis (Circle of the Friends), un groupe œcuménique de la Vieille Ville de Jérusalem, informel mais ouvert à tous.

Il a traduit, du grec en anglais, les cinq « Mémorandums de Constantin Mavrides » (Le siège de la vieille ville de Jérusalem du 14 mai au 15 décembre 1948), publiés dans le livre « Jérusalem 1948 », de l’Institut d’études de Jérusalem « Badil Resource Centre » (1999).

John Tleel est l’auteur de « I Am Jerusalem », un mémoire publié à compte d’auteur (2000) (deux éditions).

Dr John TlielJ’ai pris la photo ci-contre à l’intérieur de l’église des Saints Constantin et Hélène Egaux-aux-apôtres du Grand Monastère du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem en 2013. Nous nous rencontrions souvent, discutions si souvent. Nous pouvions discuter doucement. C’était toujours amical et paisible. Il pouvait aussi avoir le verbe haut, éloquent comme les « natives » de Jérusalem et du Proche-Orient. Une éloquence typique de l’art oratoire grec, volontiers porté sur la chicane et l’argumentation. Des vocalises d’autant plus précises qu’il était stomatologue. Il pouvait avoir la dent longue, mais ses colères ne duraient pas et il était d’une bonté profonde.

Il maniait la langue arabe avec art et subtilité qui, d’un concret sémitique, pouvait s’envoler avec lyrisme et un brin d’irrationalité naturelle, passagère. Il était pétri a parité des cultures arabe et hellénistique. A cet égard, il est un témoin unique d’un siècle qui a passé et d’une éducation pluri-culturelle qui paraît s’estomper de la Vieille Ville de Jérusalem.

Il a été et il demeure le témoin de tout le vingtième siècle, ce qui est important parce que chaque décennie, chaque année qui a jalonné cette période, a apporté et continue de souligner des changements, des mises à jour de la vie des communautés chrétiennes. Il a vécu, de l’intérieur, les mutations profondes qui ont heurté, meurtri les populations locales, arabe, grecques, arméniennes, syriaques, entre une orientalité originelle et d’autres confessions chrétiennes issues des séparations historiques de l’Eglise romaine d’Occident.

Il appartenait viscéralement au Deir Roum, cette Eglise matrice d’expression grecque, si typique de la primitive Eglise de Sion et de Jérusalem, tout en fréquentant avec joie les communautés d’expression araméenne. Il incarnait cette réalité des fidèles arabophones de Jérusalem qui passent d’une Eglise, d’une juridiction à l’autre comme les passe-muraille d’une foi au Christ dont l’unité estt évidente, au-delà des déchirures  acquises au cours des siècles et qui, humainement,l semblent se multiplier.

Sa parfaite connaissance de l’arabe, du grec et de l’hébreu et de l’anglais lui a permis d’exprimer ce qu’il voyait, avec sa saveur byzantine, profondément ancré dans l’âme de Jérusalem. Il était souvent émotif, perspicace, puissant, colérique et d’une fidélité indéfectible à un patriarcat de Jérusalem dont il ne désespérait pas. Il avait, en celà, la mémoire de siècles de tragédies sanguinaires, et que les péripéties les plus graves, les plus atroces ne viendraient pas à bout de la « Mère de toutes les Eglises de Dieu ». Naturellement circonspect à l’égard d’Israël, il avait gardé cet esprit hérité du temps de la Sublime Porte. Les Ottomans ont quitté Jérusalem en une nuit après quatre siècles de présence. On n’y a jamais parlé turc. Mais le Dr. Tleel était imprégné de cette souplesse mentale et culturelle, sorte de seconde nature proche-orientale du chrétien local. Il maniait habilement la capacité à approcher tous et chacun, restant fidèle à sa singularité byzantine dont la sève coule depuis le monastère Saint-Sabbas le Sanctifié du désert de Judée. Il décrivait avec flamme la venue du Pape Paul VI et la rencontre avec le Patriarche Athénagoras en 1964 tout comme le retour des reliques de Saint Sabbas, les deux derniers moments d’effervescence et de foi de toute une ville auxquels il avait assisté.

Comme beaucoup de chrétiens de Beit-Jala (sa famille y était présente dès le 16ème siècle) et de Jérusalem, il était naturellement en contact avec le monde francophone du Liban où il fit ses études et la culture anglaise de Jordanie et de Syrie. Il racontait volontiers comment il avait fréquenté les Juifs du Liban… Après 1967, il parla rapidement l’hébreu ayant appris la langue moderne à l’oulpan du couvent de l’Ecce Homo où il rencontra Martin Buber…

À bien des égards, comme cela arrive souvent lorsque nous atteignons des tournants historique majeurs, il est certain que sa disparition confirme aussi celle d’un Proche-Orient encore ottoman, qu’il connut aussi  sous mandat britannique. Cela devrait inciter à lire son ouvrage écrit en anglais « I am Jerusalem » (disponible à la librarie franciscaine de la Porte de Jaffa, Jérusalem) (1).

Voici la notice nécrologique publiée par le Secrétaire Général du Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem au jour de la mi-Pentecôte. Il fut enterré le mercredi 2 mai au cimetière du Mont Sion (2):

Le service funèbre du défunt, âgé de quatre-vingt-dix ans, a été célébré par Sa Béatitude Theophile, patriarche de Jérusalem, assisté par de nombreux concélébrants et les pères Hagiotaphites (Fraternité monastique du Saint-Sépulcre), en présence du Consul général de Grèce à Jérusalem, M. Christos Sophianopoulos et la participation honorifique des membres de la communauté grecque et de nombreux fidèles arabophones, en particulier les membres de la paroisse de Mar Yakoub (Saint Jacques) située dans les bâtiments adjacents au Saint-Sépulcre.

Mgr Aristarchos, Archevêque de Constantina, fit cette homélie :

Votre Béatitude,

Révérends Pères Archevêques,

Votre Excellence le Consul général de Grèce à Jérusalem,

Chers Pères et Frères,

Honorables membres de la communauté des expatriés grecs et de la paroisse arabophone de Jérusalem,

L’homme qui vient de mourir et qui nous est très cher a quitté ce monde terrestre et temporaire pour les choses célestes et éternelles. La plupart des membres de la Fraternité hagiotaphite de Jérusalem ont connu le Dr. Tleel depuis le temps de leur jeunesse. Nous lui rendions visite dans sa maison familiale située tout près du patriarcat. Nous connaissions aussi ses parents Nikolaos et Ekatharina qui priaient souvent à l’église monastique et patriarcale des Saints Constantin et Hélène.

Il fut toujours dévoué au patriarcat, où il avait trouvé refuge, en 1948, lorsqu’il avait dû quitter sa maison située alors à l’extérieur des murs de la Vieille Ville de Jérusalem. Nous l’avons également connu comme dentiste. Il soignait gratuitement les membres du patriarcat et ceux des  communautés grecque et arabe orthodoxes de Jérusalem  ainsi qu’à beaucoup d’autres, sans distinction de religion et de nationalité, en suivant l’exemple de son frère mémorable David.

Nous l’avons vu participer de manière énergique et efficace à de nombreuses questions liées à la communauté grecque énergiquement et efficacement. Il fut le rédacteur en chef du magazine « Trifilon » pendant de nombreuses années, transmettant dans ses numéros sa profonde fidélité à son heritage romain-orthodoxe, son mode de vie dans la foi, qu’il a sur exprimer dans une écriture artistique élégante.

Il a décrit son identité romaine orthodoxe et celle de la congrégation arabophone, dans son livre original « I am Jerusalem/Je suis Jérusalem ». Dans ce livre, il s’est décrit lui-même comme chaque membre de la communauté chrétienne comme pilier, colonne de Jérusalem et descendant directement du Patriarche Abraham. Le Dr. John Tleel a atteint la plénitude de ses jours et a personnellement connu six patriarches comme il le rappelait souvent aux membres du patriarcat de Jérusalem.

Il fut un homme œcuménique au sein de Jérusalem, né d’un père arabe romain orthodoxe et d’une mère grecque. Il a représenté avec dignité le Patriarcat lors de délégations et de conférences importantes. Il est mort en homme qui a rempli avec conscience son devoir au service de la communauté et il nous a quittés pour toujours, restant un exemple, en particuler dans des temps diffcile pour Jérusalem.

Membre fidèle de l’Église tout au long de sa vie, il est mort dans la foi et l’espérance que le Christ notre Dieu a vaincu la mort et que par sa mort sur la Croix, il ressuscitera d’entre les morts. Nous supplions notre Juge ami des hommes de pardonner tous les péchés volontaires ou involontaire commis par notre très cher et très révéré frère et de placer son âmes dans le lieu des vivants, avec les justes, et de resssuciter son corps au dernier jour.

La Fraternité hagiotaphite exprime ses condoléances à ses proches et remercie tous les présents de l’avoir honoré par ce service funèbre. Mémoire éternelle.

Après les funérailles, la Confrérie Hagiotaphite et le neveu du défunt Evangelos, ont reçu les condoléances de tous les présents à la salle de réception patriarcale.

1) « Dr. John Tleel : « I am Jerusalem » (deuxième édition, uniquement en version anglaise), Corner Book-shop, Jaffa Gate, Jerusalem, contact : « Tel. +972-2-6282218 / E-mail: bookshop@cicts.org).

2) : « Le cimetière roum-orthodoxe du Mont Sion est géré en totalité par la communauté arabophone de Jérusalem. La communauté Mar Yakoub (St Jacques) assure de manière autonome le soin des tombes, les enterrements, les célébrations qui ont lieu dans ce lieu antique de l’Eglise. Ce n’est pas directement l’administration patriarcale grecque orthodoxe. Cela signifie aussi que tout ce qui se passe localement est directement connu par les membres de la communauté arabophone

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