Le patriarche de Moscou Cyrille : « L’Église n’est pas seulement contre l’avortement, elle est pour la vie ! »
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Le 24 janvier 2019, le patriarche de Moscou Cyrille s’est exprimé devant les étudiants de médecine et de pharmacie des facultés de Russie et a abordé, notamment, la question de l’avortement : « Je voudrais aborder un thème qui préoccupe aujourd’hui beaucoup de gens dans notre pays. C’est le problème des avortements. Je voudrais dire quelques mots sur la position de l’Église que l’on résume souvent ainsi : nous sommes « contre ». L’Église, bien entendu, n’est pas seulement « contre », l’Église est vraiment « pour ». Pour quoi ? Pour la vie ! L’Église est pour que l’homme, dont la vie a déjà commencé dans le sein maternel, voie ce monde. Le chrétien ne peut pas avoir une autre attitude envers les avortements : il les considère comme des meurtres. Mais l’Église ne se préoccupe pas seulement du bébé à naître, elle se préoccupe aussi de sa mère. Même un gynécologue non croyant dit que l’avortement cause souvent des dégâts irréparables à la santé de la femme. Il y a des cas lorsque l’avortement, en provoquant un stress important dans l’organisme de la femme, est en même temps un choc stimulant le développement de maladies qui sont déjà présentes en elle. L’avortement entraîne souvent le développement de l’infertilité, il est souvent suivi de sérieux problèmes au cours d’une future grossesse. Il va de soi que vous savez tout cela mieux que moi, aussi je n’en parlerai pas beaucoup. Mais l’avortement n’est aucunement une manipulation inoffensive. Il a aussi des conséquences morales. Il n’y a pas de femme qui en tuant l’enfant dans l’utérus ne vivrait pas cet événement comme le moment le plus difficile de sa vie. L’avortement, indépendamment de l’attitude que l’on peut avoir envers lui, qu’il soit pratiqué selon des indications médicales ou non, est toujours lié à la condition interne ou externe de la femme. Des troubles émotionnels et psychiques, le sentiment de honte et les remords de conscience, d’angoisse, de désespoir, tout cela est provoqué par le fait que la femme, même si elle est convaincue de la justesse de sa décision d’avorter, se sent coupable de la mort de l’enfant. Mais l’avortement se répercute de façon destructrice non seulement sur la femme qui l’a commis, mais aussi sur ceux qui l’aident à l’accomplir. L’avortement va à l’encontre de la nature même de la profession médicale. Celui qui a prononcé le serment de garder et de protéger la vie humaine, ne doit pas l’enlever. Celui qui dans un cas aide l’homme à apparaître au monde, s’avère être dans l’autre un bourreau, anéantissant les enfants dans l’utérus de la mère, et préparant le terrain à de nombreuses autres maladies, parfois même mortelles. De tels médecins détruisent le principe médical fondamental : « ne pas porter atteinte » à la vie, aux lois morales immuables. Dieu soit loué, on observe aujourd’hui une dynamique de la baisse du nombre des avortements en Russie. Si, en 2010, le nombre total d’avortements dépassait un million, en 2017, selon les données du ministère de la santé, leur quantité a diminué à 627.000. Quoi qu’il en soit, c’est un chiffre effrayant. En fait, au cours de l’année passée a été anéantie la population de plusieurs villes d’importance régionale. Or nous disons que la population est insuffisante en Russie. Le pays est immense, avec la Sibérie, l’Extrême-Orient russe, tandis que la population de la Russie est celle d’une province chinoise. Des territoires colossaux, des richesses indicibles, comment maîtriser tout cela ? Comment se développer pour le bien de notre peuple ? Beaucoup provient du problème démographique – il n’y a pas de gens pour peupler ces espaces. Vous savez qu’il existe un programme spécial de peuplement de l’Extrême-Orient, il y a quelque chose qui n’est pas très perceptible pour que l’Extrême-Orient russe soit peuplé énergiquement. Or, on pourrait sans aides sociales particulières à la maternité ou autres avantages augmenter facilement le nombre d’habitants de Russie, si nous diminuions le nombre des avortements. 627.000 est un chiffre officiel, or nous savons que le chiffre réel peut être de deux fois plus. En conséquence, si le nombre des avortements avait cessé en dix ans, la croissance de la population serait de 12 millions. Hormis ce thème national, dont dépend la prospérité de la Russie, sa stabilité, sa place dans le monde, il existe, bien sûr, une dimension purement humaine. Les enfants dans la famille sont une bénédiction de Dieu. La famille, où il y a le père, la mère et les enfants, est une école d’amour, une école de véritable amour, et le véritable amour, ce n’est pas seulement l’affection, ce n’est pas seulement le fait de prononcer des paroles agréables, mais c’est aussi la volonté d’un homme de se donner à une autre personne. Tout cela forme la personnalité humaine, aussi nous appelons la famille « petite Église ». De la même façon que l’Église forme l’état spirituel de l’homme, la famille forme la personne humaine. De son côté, l’Église entreprend tous les efforts possibles pour que la femme qui se trouve devant le choix de maintenir sa grossesse ou d’avorter, fasse le choix en faveur de la vie humaine. Que faisons-nous ? En premier lieu, nous menons un travail éducatif actif visant à prévenir les avortements et à en diminuer le nombre. Mais nous ne devons pas seulement dissuader les femmes, qui se trouvent dans des situations difficiles, de prendre une décision fatidique, mais faire quelque chose de concret, afin de les aider. Lorsque j’ai parlé pour la première fois  du problème de l’avortement et appelé l’Église à rejoindre le mouvement d’éducation du peuple, à parler du danger des avortements et de la nécessité de diminuer radicalement leur nombre en Russie, je comprenais que si mes paroles étaient reprises par le clergé (et c’est ce qui s’est produit et devait se produire : l’Église s’est vraiment engagée dans la prédication visant à surmonter ce dangereux phénomène de notre vie), le moment viendrait lorsque l’on pourrait nous demander en tant qu’Église : « Bon, vous parlez bien, mais que faites-vous ? » Et on peut faire beaucoup. Il m’est arrivé de rencontrer des jeunes femmes qui se sont adressées à moi, alors que je n’étais pas encore patriarche. Je me rappelle bien lorsque j’ai demandé : « Mais pourquoi as-tu décidé d’avorter ? » Et j’ai entendu habituellement : « Maman a dit qu’elle n’acceptera pas l’enfant à la maison », « on ne peut vivre nulle part », « on n’a rien pour vivre ». C’est-à-dire précisément des facteurs matériels et psychologiques qui poussent le plus souvent la jeune femme à avorter. Lorsque nous avons commencé un grand programme de travail avec notre peuple pour surmonter la tragédie des avortements, la question, naturellement, à surgi : et que pouvons-nous faire ? En visitant les diocèses, les régions, en rencontrant les hiérarques diocésains et les gouverneurs, j’ai commencé à leur demander, sur la base du partenariat entre l’Église et l’État, de créer dans chaque région des foyers pour les mères, des refuges, où la femme qui refuse d’avorter (et ce sous l’influence de la prédication à l’église) pourrait aller et vivre. Et y vivre tant que cela est indispensable, afin que l’enfant soit autonome, qu’il soit donné à la mère la possibilité de travailler ou, au moins, que cela lui soit assuré dans le futur. Et je remercie les dirigeants civils, les gouverneurs et les hiérarques diocésains, car mes souhaits ont été exaucés. En 2011, à Moscou, a été ouvert le premier Centre d’aide humanitaire du service « Miséricorde », un lieu de collecte et de distribution de vêtements pour aider ceux qui sont dans le besoin. Ce centre est devenu un exemple : il comprend in hall de distribution organisé sur le modèle d’un magasin, un lieu de tri des vêtements, un entrepôt de stockage pour les conserver. En 2016 a eu lieu la première collecte de fonds au niveau de toute l’Église pour les femmes enceintes dans le besoin, pour celles qui sont en crise. Le but de cette collecte était l’aide matérielle aux femmes enceintes, à celles qui avaient des enfants, dans le cadre du développement de réseaux de centres humanitaires de l’Église, des entrepôts sur le territoire de toute la Russie. 39 millions de Roubles ont été collectés, grâces auxquels plus d’une centaine de ces centres ont été ouverts. En Russie fonctionnent 160 centres d’aide humanitaire aux femmes enceintes, où elles reçoivent les produits de première nécessité : vêtements, produits alimentaires et hygiéniques, poussettes, berceaux et autres. Pour la seule année 2017, plus de 16’000 personnes ont reçu de l’aide dans ces centres. En ce qui concerne les foyers pour les femmes, ce n’est pas une question facile, aussi je remercie tous ceux, nombreux, qui ont fait écho à ma demande d’ouvrir de tels centres, ou, peut-être, les ont eux-mêmes ouvert, alors qu’ils ont pris conscience de la nécessité d’aider ces femmes. Et si, en 2011, alors que nous avons démarré ce programme, il n’y avait en tout qu’un de ces foyers, 57 de ceux-ci ont été ouverts durant les sept dernières années, de Kaliningrad jusqu’à Petropavlovsk en Kamtchatka. Dans ces foyers, la femme enceinte dans une situation de crise reçoit le soutien indispensable. C’est ainsi que plus de 3000 familles ont reçu de l’aide dans ces foyers au titre des seules trois dernières années. En 2019, 13 nouveaux foyers ont été ouverts en Russie pour les mères, 50 nouveaux centres de défense de la maternité, je pense ici à ceux qui ont été organisés par l’Église en partenariat avec l’État, ou de façon indépendante. En outre, 72 projets peuvent élargir l’activité déjà existante pour défendre la vie ou éviter les avortements. Je voudrais dire encore quelques mots au sujet de la proposition de ne plus rembourser l’avortement souhaité par la femme dans le cadre du système de l’assurance médicale obligatoire. Nombreux sont parmi vous ceux qui ont entendu ma proposition. Je voudrais à nouveau souligner : le fait que les avortements fassent partie du système de l’assurance médicale obligatoire, signifie, excusez-moi, que le meurtre des enfants est perçu comme un service médical ordinaire, comparable à n’importe quel autre processus médical, en outre accessible à tous et financé par le budget de l’État. Mais ce n’est pas un service médical. Il résulte de celui-ci que la santé de la femme ne s’améliore pas. Ce n’est pas le traitement d’une maladie, c’est quelque chose de tout à fait autre. Nous sommes convaincus que les gens qui ne s’ont pas d’accord avec les avortements, lesquels sont très nombreux, ne doivent pas, par leurs impôts, participer au financement de ce processus moralement pervers. Aussi, le retrait des avortements de l’assurance médicale obligatoire doit être un signal important pour toute la société. Je sais qu’il y a une opposition à ce point de vue, mais il n’arrive jamais dans la vie que tous soutiennent tout à l’unanimité. Si cela arrivait en Union Soviétique, nous savons que derrière cette unanimité, il n’y a jamais eu de réelle unité. Certains « sont pour », d’autres « sont contre », mais j’espère beaucoup que cette position sera malgré tout perçue positivement par la majorité de notre peuple. Je considère qu’il est important, au niveau législatif, d’assurer la défense de la vie des enfants à naître, sans quoi surgira la question de l’avenir de notre État. Si nous voulons la prospérité et le bien-être de notre pays, nous sommes tous appelés à unir les efforts dans notre œuvre commune de salut de la vie des enfants. Je finirai sur cela. Je comprends que la question de la naissance des enfants, des avortements, n’épuise pas l’ordre du jour de la vie, mais je considère que les avortements sont la maladie de notre société. Vous, comme médecins, ferez face à tous ces problèmes, aussi j’ai considéré possible de vous faire connaître mes opinions ».

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À propos de l'auteur

Jivko Panev

Jivko Panev

Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.

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